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mercredi 15 janvier 2014

Au bord de l'eau avec David Fusaro...


     On dit souvent qu'il est nécessaire de passer des heures et des heures au bord de l'eau pour progresser.
On dit aussi qu'on apprend tous les jours, que l'on fasse du poisson ou pas.
Mais on apprend aussi grâce aux autres, en partageant notre savoir faire, notre savoir être, en observant, en écoutant la différence.
Avec internet, youtube, les réseaux sociaux on est vite dépassé. Toute cette technique, ce matériel, ces nouveautés qu'on nous balance dans la tronche nous déstabilisent, enfin pas tous...

Le week-end dernier, grâce à ces fameux réseaux sociaux je suis allé pêcher avec David.
La fermeture est proche, il faut profiter des derniers jours de traque des carnassiers!
Les rencontres entre pêcheurs c'est toujours sympa, on est sûr de parler pêche mais c'est pas forcément évident d'être sur la même longueur d'onde.
David est de ceux qui vont à la pêche quasiment tous les jours, un mordu, un dévoré des poissons.
Il suffit de voir sur ses mains les cicatrices infligées par les dents des brochets.. C'est un de ces personnages humbles, un peu réservé qui ne parlent pas pour ne rien dire.
Niveau pêche par contre ça cogite sévère, il prend assez rapidement la température pour pêcher efficacement.
Quand on a des centaines de leurres il est souvent difficile de trouver celui qui va fonctionner.
Ce n'est pas évident de laisser la nouveauté 2014 dans la boîte pour préférer pêcher avec une saucisse qui date de l’après guerre et pourtant, ça marche!!!!


Nous voilà donc parti pour traquer du carnassier et plus précisément les brocs!!
Je pêche big-bait pour faire réagir les gros poissons quand David tape un premier brochet!
Ça commence bien!!!



La session continue, on est perdu dans le delta du Rhône, la Camargue entre canaux, étangs et robines.
Ici tout se ressemble mais David connait bien le coin, la zone étant si vaste que je n'arriverai pas à retrouver les chemins de ragondins qui nous ont menés sur les spots!
Un bel herbier de Jussie marque un beau post a bec, je lance, ramène lentement et  prends une petite touche mais rien de plus, David passe derrière et boummm c'est pendu!!



Bon ça fait 2 à 0... Concentration!!!! Les minutes passent quand soudain le fil de David se tend, réflex, il ferre, ça se bat différemment... Verdict: c'est un superbe Bass qui est venu gober le leurre! Pas commun à cette période de l'année! On va mettre ça sur le dos de la chance hein!


David 3 moi 0...

Vous l'aurez compris je ne ferai pas grand mal aux poissons... Leur dentiste est surement meilleur que moi....
Pour clôturer la session " la machine à pêcher" me sortira un troisième bec sous le nez....


Celui-ci à l' ouïe bien abimée mais la blessure doit dater de quelques mois voir quelques années.
Cormorans, gros brochets ou autres pêcheurs doivent être à l'origine de cette particularité qui permettra peut être de le reconnaitre lors d'une prochaine capture.
David, comme beaucoup d'entre nous relâche ses prises, il respecte vraiment les poissons, il les admire.

"Les poissons sont sacrés."



Nous y voilà c'est l'heure de rentrer... Un petit 4 à 0 pour David..
Et dire que demain on remet ça...


Le lendemain, alors que j'arrive à peine, j’aperçois David au loin. Il est déjà en train de pêcher ou plus exactement en train de ramener un poisson, j'accélère le pas car désormais je suis son photographe officiel...
Vlan la fessée commence avec une splendide perche!
C'est comme ça qu'on dit bonjour???!!!!!!




A ce moment je me dis qu'il y a un problème..
-Ce mec est un extra terrestre?
-Il a vraiment beaucoup de chance?
-Je suis son porte bonheur?
-C'est ça un vrai pêcheur?
Je vous laisse réfléchir car en attendant il continue d'enchaîner les prises tandis que moi je trempe du fil entre deux photos...
Et BIMMMM! Brochet!!!



S'en suivra une longue accalmie.  
Quel bonheur de le voir ramener son leurre sans un poisson au bout...
Inutile de dire que ça ne durera pas et ce par ma faute:
Un beau poste s'est présenté face à nous et comme un bon débile je lui ai dit:  
" lance là, il y a un broc d'1m10 qui t'attend"
A peine son leurre passe t'il sous la surface qu'il enchaîna sur un ferrage, ça à l'air plus gros!!!!
Superbe combat tout en puissantes accélérations et en chandelles!!


waouuu quelle image de qualité!!


Ce sera le dernier poisson de notre week-end! Un sacré week-end, une sacrée rencontre et un sacré pêcheur!!!
::SCORE::
David: 5 brochets, 1 perche et 1 bass
Le soit disant Dentiste: Rien mais de belles images et un excellent souvenir!!!
Moralité du week-end: "C'est bien d'avoir du matos mais c'est encore mieux d'avoir un cerveau qui permet de se remettre perpétuellement en question!" 




mercredi 15 mai 2013

Les dents de Mamie Brochet!!!



      
               Quinze jours déjà que la pêche du carnassier est ouverte. Comme à son habitude cette période tant attendu nous réserve toujours quelques surprises.
Les poissons sont très vite assommés de leurres, les bateaux, float-tubes et pêcheurs du bord se ruent vers les spots renommés et jettent à l’eau leur nouveau poissonnet tout droit sortit du cerveau sur-développé d’un Japonais à la crinière décolorée et au faciès futuriste.
Les poissons quant à eux se goinfrent des premiers morceaux de plastique présentés mais peu à peu la pression de la pêche se fait ressentir et les souvenirs allié à la crainte recommanderont à nos amis de garder la mâchoire fermée.
J’ai effectué cinq sorties depuis ce fameux jours et côté technique j’ai opté pour du "big bait" (gros leurre). 
Le fait de présenter une grosse bouchée cible des poissons d’une taille convenable et a aussi pour but d’éviter de piquer les espèces qui se reproduisent en ce moment (black-bass et sandres à condition de ne pas passer sur leur nid). D'ailleurs on entend assez souvent cette phrase:
« Gros leurre = gros poisson »
 J’ai donc recherché en priorité les brochets tout en gardant un œil sur les perches qui habitent les mêmes zones. C’est donc partit pour de longues séances de lancé de parpaing… 
On est bien loin de la discrète pêche à la mouche. Les leurres que j’utilise varient entre 15 et 30 cm. 
Il n’y a pas de leurre miracle, à chaque zone convient un leurre plus ou moins plongeant. 

Le premier poisson correct s’est fait du bord sur un étang ultra pêché.
Arrivé sur place j’ai déchanté: Ils étaient une dizaine de pêcheurs, cannes à vif (poisson vivant)  posées sur la berge, gros bouchons rouges au large, voitures garées à proximité, coffre ouvert et musique fantaisie, poubelles débordant sur le sol, cubi et bouteilles de pastaga vide, la trombine rougeaude à chanter à tue-tête : « Et viva Espana !! ».
Devant ce spectacle certes assez drôle je fuis....
Ce plan d’eau est assez grand et je découvre des pêcheurs postés un peu partout….Pfff comme souvent, je râle !   
Un vrai casse-tête pour trouver des couloirs ou faire nager mon big bait.
Ma prospection se poursuit sur des coins un peu plus délaissés. 
La réalité le veut : plus on est loin du parking, moins il y a de monde. 
Je me trouve sur un poste brassé par le vent, des joncs dépassent de la surface, l’étang est d’environ 1 mètre au dessus de son niveau habituel, hummm ça sent bon ! Je balance mon parpaing le long de la berge quand j’aperçois un bouchon rouge !! Et merde !! Je m’excuse avant même qu’il ne touche l’eau mais c’est trop tard.
Plouffffff, le pêcheur embusqué dans la végétation se relève, je lui explique vite fait que mon geste n’était pas voulu en moulinant rapidement histoire de ne pas me prendre dans son fil. A ce moment monte en surface une flèche argentée et dans une gerbe d’eau mon leurre disparait. Et voilà, deuxième excuse. Le visage du pêcheur au vif se décompose. « Belle pièce!! RRRR » me dit-il.
Prise rapide de l’animal en photo et relâche aussitôt. En voilà un que j’aurais surement sauvé du congélateur.



Je suis quand même content d’être tombé sur quelqu’un de compréhensif et je repars vers la voiture vivant avec un super souvenir de ce poisson !
Quelques jours après je retourne à la pêche mais en barque cette fois. 
Résultat : des heures à gratter la rivière et d’un coup une énorme frappe dans mon leurre puis plus rien. Je remonte à la surface d’énormes traces de dents… « Aaahhhhh » c’est raté et ça avait l’air très très gros!!! La suite de la session se  résume en un fabuleux choux blanc.
Le lendemain je retourne encore à la pêche souvenir en tête de cette grosse attaque. 
Nous sommes avec Adrien sur « La Fougne ». Après quelques péripéties nous mettons à l’eau. Adri excelle dans ses lancés quand soudain il ferre un truc… Ouff c’est son mollet… L’hameçon est bien rentré et l’ardillon non écrasé…
Allé hop c’est à moi de jouer de la pince.. 1,2,3 et c’est arraché d’un coup sec. 
La chair humaine n’est pas si résistante que la gueule d'un poisson.
Ensuite s’éternise une longue période de calme plat. Pas un fish à l’horizon. On s’occupe en enlevant les bourres de peuplier qui viennent se fixer sur notre fil. « Et allé qui veut une guirlande ??? »
Quelques heures et quelques centaines de lancés plus tard mon leurre explose de tout son poids la surface. J’envoie aussitôt deux « jerks » (tirées), une pause. Booommm je me retrouve les mains crispées à ma canne, un énorme remous accompagné d’une gerbe d’eau vient de fracasser le silence que nous subissions depuis trop longtemps. 
Quelle violence dans l’attaque, je tiens le monstre une bonne seconde et plus rien, on l’aperçoit descendre vers les profondeurs…. Encore une fois raté.
Les gros brochets ne font pas dans la dentelle. J’ai l’impression que lorsqu’ils attaquent c’est vraiment pour déglinguer leur proie. En attendant c’est eux qui gagnent.
Un immense sentiment de frustration m’envahit… Plein de questions me percutent ! Cette bestiole nous a vraiment fait sursauter. Malgré tout ce fourbi dans ma tête j’essaie de relativiser : « Faut quand même pas exagérer ce n’est que « la pêche » ce n’est qu’un poisson !!! »
Du coup vengeance sur les perches !!!Quelque petites hors de l'eau apaiseront ma tension.


"J’espère que la nuit portera conseil car demain j’y retourne !!"

Ça y est on est demain ! J’ai en tête plusieurs zones à prospecter mais il va falloir choisir !
J’opte pour un coin délaissé des pêcheurs, loin de tout et assez inaccessible. Cette fois-ci je suis à pied, en waders plus exactement (salopette en plastique). J’ai pris avec moi deux cannes: Ma fameuse canne big bait pour rechercher les gros brochets et ma canne à mouche spéciale carpes car elles sont nombreuses à squatter le spot. 
La session commence sous un soleil de plomb. Rapidement la chaleur me joue des tours, ma progression est assez difficile. Sous les waders l’humidité se fait de plus en plus présente et de micros fuites viennent me rafraîchir la chaussette ce qui n’est point désagréable. Les carpes sont actives mais rien n’y fait: Je prends refus sur refus. Une fois la zone prospectée pour les carpes je change de canne pour balarguer mon parpaing. Les carpes affolées par ce barouf partent dans tous les sens quand surgit un jeune brocheton, il tape dans le leurre et repart un peu apeuré par mon animation.  
« Va donc chercher ta grand-mère jeunot !!! »
L’heure tourne et ma tête aussi, je suis en train de prendre un coup de bambou, au beau milieu de la rivière, sur des plaques rocheuses bien glissantes. Je me dis que ce n’est pas le moment de me foutre en l’air et zziiippp comme par magie je m’embronche dans mes propres pieds, la tête en avant!
J'ai beau me relever le plus vite possible mais le mal est fait: Je suis trempé et les waders se sont bien remplis… 
"Floc floc" raconte ma marche dans les galets…
Il est temps de se pauser faire le point.
Je suis a mi-chemin, mouillé comme une vieille poule alors que faire ??? Cette petite douchette m’a fait du bien et frais comme un gardon je décide d’aller jusqu’au bout !   
Il est temps de se concentrer sur les brochets. J’accroche la canne à mouche dans mon dos et me mets à rechercher assidument les pikes.
La rivière est magnifique offrant aux poissons une multitude de zones. Des courants, des hauts fonds, des trous d’eau, des bois morts et des herbiers.  
J’approche la zone que j’avais repéré il y a deux ans. J’en suis persuadé, ici il y a tout pour un gros brochet ! A pas de loup je me positionne et envoie mon leurre à une quarantaine de mètres devant moi de manière à longer la berge. Méticuleusement j’enchaîne plusieurs jerks avec des pauses. Je suis super concentré, le leurre est à trois mètres de moi quand surgit de nulle part une énorme vague qui vient droit sur mon poisson nageur ! Je n’ai pas le temps de comprendre ce qu'il se passe mais un maxi brochet vient de se jeter sur le leurre et vient de le rater. Je ne vois pas le poisson, mon cœur s’est emballé, je tremble, j’ai carrément la trouille ! Je remets une secousse de manière à décoller le leurre du fond et wlloffff il est littéralement engloutit en une fraction de seconde! C'est le moment d'envoyer un gros ferrage!
La bagarre peut commencer, le brochet s’est emparé du poisson nageur dans mes pieds et j’hallucine de la violence du combat.


Il remue dans tous les sens, me prend du fil, "je suis dans un autre monde !"
Ce n’est pas un poisson c’est un pit bull !  Je prie en maintenant la tension. Pourvu qu’il ne se décroche pas ! J’entre dans l’eau, impressionné par cette énorme gueule pleine de dents. Je passe ma main dans l’ouïe. Ca y est, je le tiens ou plutôt je la tiens, c’est une énorme femelle bien grasse.


La buée de mes lunettes s‘estompe, je réalise enfin ce qu’il vient de se passer, ce que vient de m’offrir la nature. Un moment d’une rare violence halieutique. Je relâche cette mamie brochet en rigolant… Quelle histoire…De la science fiction!!!!!!







Remis de mes émotions je relance, mon moulinet s’emballe et une belle perruque vient de se former sur ma tresse. Pffff crétin....  Il me faut dénouer tout ça ce qui me prendra cinq bonnes minutes.
Mon leurre est à quelques mètres, je le ramène et bingo ! Second brochet, cette fois beaucoup plus petit, enfin ce qu’on qualifiera de normal.


Le soleil est désormais bien bas, des nuages d’insectes se forment au dessus de l’eau. Je reprends conscience que je baigne dans un jus de chaussette bien échaudé par mes aventures. Il faut rentrer essorer tout ça et reprendre forme humaine.

Il y a quand même du boulot pour détartrer toutes ces dents!!!!!!!!